Brigitte Morel vous invite à

Le silence et la parole dans le jeu de l’acteur.

10/02/2026

Doit-on toujours parler au théâtre ?

Le langage et les mots y sont-ils indispensables ? 

Pour moi, la réponse est : non !

La splendeur de spectacles rares qui m’ont fait comprendre ce qu’est réellement le théâtre et qui m’ont éduquée, reposaient ou reposent plus ou moins exclusivement sur l’Esthétique et la profondeur du visuel.

Disant cela je pense principalement au théâtre d’Ariane Mnouckine, à celui de Peter Brook ou au spectacle : « Le Regard du Sourd » de Bob Wilson : spectacle qui en son temps a fait courir le nec plus ultra du public parisien au théâtre des Champs Elysées, pour s’ébaubir, s’émerveiller et chanter les louanges d’une œuvre aussi inattendue que magique en bien des points.

Au premier plan de la scène il y avait un garçon noir, très beau, assis parfaitement immobile, les yeux grand ouverts, regardant sans sourciller et bien en face le public pendant toute la durée de la pièce qui dans mon souvenir durait fort longtemps, même si je dois ajouter que, captivée, quasiment hypnotisée, je ne me suis pas ennuyée une seule seconde.

Détail étonnant, on a entendu dire plus tard, que le garçon au premier plan était un jeune homme autiste...

Derrière l’incroyable garçon de la présence duquel on pouvait s’émerveiller tant elle était digne et intense, ni figée, ni indolente ; se déroulaient des scènes très belles et très étranges, dont je n’ai pas gardé un souvenir précis sinon que les images, la gestuelle des acteurs, les formes et les lumières créaient d’instants en instants un monde au-delà du monde...

En arrière-plan, et pendant toute la durée de ce spectacle hors normes, un personnage, dans une marche parfaite et dans un parfait ralenti, traversait d’un bout à l’autre l’espace scénique, allant et revenant, solitaire et remonté comme une horloge.

S’il y eut des mots dans ce spectacle ?

 je ne le crois pas ; de la musique probablement, sans que je puisse me souvenir laquelle, ni que j’en sois vraiment sûre. J’avais basculé, entièrement fascinée, dans le monde et l’espace du rêve.Si dans la vie nous bavardons, nous efforçant souvent et bien maladroitement de nous faire entendre, alors qu’en réfléchissant pendant à peine quelques secondes, nous nous serions aperçus que nous n’avions à ce moment précis rien d’intéressant à dire ; au théâtre il me semble que cela est interdit.

Je parle là de scènes ou de spectacles aboutis, prêts à montrer à un public, et non de l’enseignement, ou à l’inverse, les techniques d’improvisation servent entre autres choses à libérer le sentiment et à faire se tenir tranquille, un surmoi radoteur, donneur de leçons et bien-pensant fort peu doué en général pour la création artistique et encore moins pour le théâtre. Dans l’apprentissage théâtral libérer la parole fait partie des incontournables, mais c’est loin d’être facile et c’est en fait toute une histoire tant on a peur de se trahir et de perdre le contrôle.

Le contrôle il faudra le perdre, pour accéder à la maîtrise... 

Quel programme !!!

Si la parole ne percute pas, ne fait pas rire ou n’émeut pas, c’est qu’alors il faut se taire, et apprendre à cesser de vouloir remplir les vides qui nous effraient.

Cette petite réflexion qui ne vaut que ce qu’elle vaut ouvre sur le chapitre du mouvement, celui du corps bien sûr, et celui de l’Esprit.

La parole au théâtre quand elle doit exister sera sertie de silence et devra battre au rythme des battements du cœur.

Elle devra être dite par une voix claire, audible, puissante et qui émeuve. Elle devra être celle qu’aucun geste ne peut dire.

Elle sera conduite par le souffle.

On s’exercera au silence ; à un langage qui vient du cœur.

Qui parlant de cœur à cœur, touche au cœur le spectateur. Il y a beaucoup de beaux textes à dire...

Et encore plus à écrire...

Brigitte Morel

« La grande comédie de la vie a toujours été un de mes moteurs, sans âme nous ne sommes rien. »

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